23 février 2017 -J’apprends le français

Cela fait deux ans et demi que j’enchaîne les dîners, cocktails et autres vernissages où je joue à la potiche vaguement savante, surtout après un verre ou deux. Parler de jazz manouche à un virtuose du violoncelle (alors que pour moi cela se résume à Thomas Dutronc, c’est dire la médiocrité de mes connaissances), done ! Il est très agréable, il faut bien l’avouer, de n’avoir pour seule contrainte logistique de répondre aux questions existentielles : « Que vais-je mettre samedi soir ? Ai-je les chaussures assorties ? Ma manucure tiendra-t-elle jusque-là ?« .

Mais avant, j’avais un cerveau, que j’utilisais qui plus est ! Qu’était-il devenu ? Fonctionnait-il à nouveau ? Pour vérifier tout ça, je me suis lancée dans une formation à distance pour devenir prof de français. Oh pardon !! « Enseignant de français langue étrangère« . Rien à voir.

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Pourquoi le français ? J’ai assez vite compris que je ne pourrai jamais enseigner le chinois ! J’ai laissé tomber précipitamment son apprentissage, considérant de manière bien présomptueuse, que la vingtaine de cours me suffisait au quotidien. À raison puisque même les commerçants de mon quartier me saluent dans la rue et me donnent des nouvelles de leurs enfants partis étudier en France. J’ai donc abandonné le mandarin trop difficile (je racontais les tortures des cours de chinois dans cet article, clic ici) pour faire du français. Hérésie !

Ce que j’ai découvert dès l’ouverture du premier livre de cours, c’est que dans l’éducation nationale, on caus’ par pareil ma p’tite dame. Plus que la difficulté des cours, c’est celle de ce nouveau vocabulaire à laquelle il faut faire face. Petit florilège…

Tout d’abord, on ne parle plus d’élève ou d’étudiant, termes totalement démodés. Ce sont désormais des apprenants, acteurs de leur apprentissage puisqu’acteurs sociaux. Bien. Les enseignants doivent définir entre autres des objectifs linguistiques morphosyntaxiques tout en respectant la centration sur l’apprenant. Oui centration et non centrage. Visionnement plutôt que visionnage. Psychologie béhavioriste plutôt que comportementale. Réaliser une tâche langagière plutôt que parler. Aperture buccale plutôt qu’ouverture de la bouche.

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Pourquoi ? Parce que !!

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Autre exemple de choc de simplification : « un rétroprojecteur est utilisé en activités d’expression pour projeter le support déclencheur de la production orale ». Cette belle phrase signifie que les élèves, pardon, les apprenants, voient quelque chose au tableau et cela les encourage à parler. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Allez, quelques nouveaux mots de plus : quand je vous dis contexte d’apprentissage endolingue ou homoglotte, à quoi pensez-vous ? Rien, c’est normal. C’est tout simplement apprendre une langue vivante dans le pays où la langue est parlée, comme par exemple apprendre l’espagnol en Espagne, ou l’anglais à Londres. Dans tous les autres cas, on parle de situation exolingue ou de contexte hétéroglotte d’apprentissage : apprendre le français en Chine ou l’italien en République tchèque. Ne me remerciez pas, c’est cadeau.

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Mais non, vous n’avez pas à avoir honte de ne pas connaître tout cela. Par exemple, vous utilisez des « phatiques de réflexion« . Si si je vous jure. Rassurez-vous, rien de dégradant là-dedans ! Il s’agit d’expressions comme « ben« … ah ! Ben oui. CQFD.

La situation est grave, mais pas désespérée. Une amie m’accompagne dans cette aventure, nous travaillons sérieusement, presque sans relâche. J’ai dit presque.

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Nous ferons de notre mieux pour décrocher ce diplôme en pensant aux formidables débouchés qui s’offrent à nous. À l’étranger bien sûr (dans les Alliances françaises, les écoles, en cours particuliers, …) mais aussi en France. Par exemple, les grandes écoles qui accueillent des étudiants étrangers leur proposent des cours de FLE. En ce qui me concerne, j’ai envie de me positionner sur une niche bien particulière du marché de l’enseignement. Donner des cours à des chanteurs !

Par exemple, j’aimerais offrir mes services à l’émission de télévision chinoise « Singer 2017 » (équivalent de The Voice). Pourquoi ? Pour aider les chanteurs à chanter français correctement du moins en phonétique. Écoutez cet extraordinaire chanteur kazakh qui a repris récemment à la télévision « SOS d’un terrien en détresse » de Daniel Balavoine. Côté chant, rien à dire, côté maîtrise du français, c’est lui qui est en détresse… « Pourquoi je visse ? Pourquoi je meurs ? Pourquoi je risse ? Pourquoi je pleure ? ». Là, c’est moi qui pleure.

Voici la vidéo :

Que vous pouvez voir aussi ici : https://www.youtube.com/watch?v=t8UMSY95lCo

Ou si vous avez des difficultés de téléchargement, voici le MP3, plus léger :

D’autres chanteurs s’étaient essayé au massacre aux chansons en français avant lui : dans les sixties, Paul Mc Cartney ânonnait « Michèle ma belle sont des mots qui vont twès bien ensemb’, twès bien ensemmmmmmmblleeeeeuuuhhhh ». Plus récemment, Shakira a aussi massacré notre belle langue en reprenant « Je l’aime à mourir » de Cabrel. Même Britney Spears a tenté sa chance l’été dernier avec le single « Coupure électrique » (ça ne s’invente pas).

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À la décharge de ces grands artistes, le français est une langue d’une perfidie extrême. Parfois on prononce les lettres, parfois non selon des règles et surtout des exceptions !

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Quant aux homonymes… il y a de quoi avoir mal à la tête. Mettons-nous un instant dans la peau d’un étudiant étranger :

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Parmi les subtilités de la langue française qu’il faut intégrer, la différence tu / vous. Pour nous, c’est à peu près acquis vers 7/8 ans après s’être pris une ou deux ramonées par ses parents. Comme les violences sont interdites en classe, on pourra s’aider du schéma suivant (ou pas) :

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14-homer-simpson-crazy

N’ayons pas honte de cette belle langue qui est la nôtre même si parfois, le monde se moque. La jalousie, je ne vois que ça comme explication.

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Maintenant que je touche du doigt la complexité de l’apprentissage de la langue française, promis, je ne dénigrerai plus les 4 tons du mandarin.Jamais. JAMAIS !


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