26 octobre 2014 – La Cité Interdite

La Cité interdite (故宮/故宫, palais historique) est le palais impérial au sein de la Cité impériale de Pékin dont la construction fut réalisée entre 1403 et 1418. Il s’agit du plus vaste complexe architectural de Chine : une véritable ville dans la Cité impériale, dans laquelle l’Empereur de Chine et son entourage étaient quasiment assignés à résidence, ne sortant de l’enceinte que dans de très rares occasions. Avant 1924, année où elle a été ouverte au public, personne d’autre que l’empereur et sa cour n’avait le droit de s’en approcher ni même de la regarder.

La Cité Interdite est également dénommée la « Cité pourpre interdite » (紫禁城  Zǐjìn Chéng). En effet, les astronomes de l’antiquité considéraient que parmi la multitude d’étoiles composant le ciel, « la petite étoile pourpre » (紫微星 Zǐwēi Xīng) occupait de manière permanente une position centrale dans le ciel, et que c’était là que résidait le Dieu du Ciel. Les empereurs (« les fils du ciel »), demeuraient donc au palais impérial au centre de Pékin (centre administratif de l’État) comme l’étoile qui est au centre de la rotation du firmament céleste.

Origines et construction de la Cité Interdite

ZHU Yuanzhan, l’empereur fondateur de la dynastie des Ming, décède à Nanjing en 1398. Six jours plus tard, son petit-fils ZHU Yunwen monte sur le trône, devenant ainsi le 2ème empereur de la dynastie des Ming sous le nom de règne de Jianwen. Un an plus tard, le 4ème fils de ZHU Yuanzhan, ZHU Di, lève une armée pour s’emparer du trône en prétextant vouloir « protéger l’empereur des ministres véreux ». Au bout de quatre ans de guerre (« bataille de Jingnan »), l’empereur Jianwen ayant disparu, ZHU Di se fait couronner empereur sous le nom de règne de Yongle (« joie éternelle ») et transfère la capitale de la Chine à Beijing (Pékin). La construction de Beijing a duré quinze ans. Parmi tous les travaux réalisés, le plus important de tous était de construire un palais pour l’empereur. « La cour a réquisitionné les ouvriers les plus habiles et les artisans les plus ingénieux de tout le pays » (version du livre d’histoire que j’ai acheté sur le site) ; « Plus d’un million d’ouvriers réduits à l’esclavage y auraient travaillé » (version de Wikipédia). Deux points de vue pour une même réalité : un palais monumental où 24 empereurs ont résidé entre 1420 et 1911. 14 empereurs Ming et 10 empereurs mandchous de la dynastie des Qing. La Cité Interdite cessa d’être le centre politique de la Chine après l’abdication de Puyi, le dernier empereur de Chine, le 12 février 1912.

Les matériaux les plus prestigieux ont été utilisés pour sa construction : les meilleures pierres, les meilleurs bois. Les cèdres des montagnes des profondeurs du Sichuan ont été abattus et transportés jusqu’à Beijing par voie fluviale en profitant des crues du fleuve Bleu, puis par le Grand canal, pour un trajet moyen de trois à quatre ans. Les pavés dorés du sol du palais proviennent des carrières du bord du lac Taihu.

Pierre2 Pierre 1

Détail toit

La terre issue de l’excavation des douves a été amassée au nord du palais pour créer une colline artificielle, la colline du parc Jingshan (appelée Colline de Charbon en raison de la noirceur de la terre extraite, voir mon article ici), protégeant le palais de la mauvaise influence du nord. Dix ans ont été nécessaires pour rassembler les matériaux, quatre ans pour réaliser la construction qui s’est achevée en 1420.

Grues

Composition

La Cité Interdite couvre 72 hectares dont 50 de jardins, s’étendant sur 960 m de long du nord au sud, et 750 m de large d’est en l’ouest, entourée d’une muraille de 10 m de haut sur 6 m de large, elle-même cernée d’une douve large de 52 mètres. Elle compte selon la légende, 9 999 pièces (en réalité, 8 704, d’après une étude menée en 1973). Le chiffre de 9 999, s’explique par le fait que, selon la tradition, seules leurs divinités avaient le droit de construire un palais comprenant 10 000 pièces. Les hommes, de ce fait, essayaient ainsi de se rapprocher aussi près que possible de leur idéal de perfection. Chez les Chinois, le chiffre 9 est symbole de longévité, et le nombre 10 000 représente symboliquement « une infinité dénombrable ».

La Cité Interdite est divisée en deux parties symétriques : l’une tournée vers la vie publique et l’autre centrée sur la vie privée. Le Palais constitue ainsi un monumental siheyuan (四合院), maison traditionnelle chinoise à cour intérieure.

La Cour extérieure (partie sud), constituait la partie officielle de la cité, où le souverain recevait ses ministres et présidait les grandes cérémonies officielles. La cour est parcourue d’ouest en est par une rivière artificielle dénommée Jinshui HeRivière aux Eaux d’Or ») provenant d’une dérivation des douves et servant aussi bien de décoration que de réservoir d’eau en cas d’incendie. Elle sert de dernier rempart symbolique protégeant la Salle de l’Harmonie Suprême.

Rivière aux Eaux d'or

Les deux plus imposants lions de bronze de toute la Cité interdite se trouvent devant la Porte de l’Harmonie Suprême, tels de puissants gardiens de la dernière barrière menant au centre du pouvoir impérial.

Lionne 1 Lionne 2

La Cour intérieure (partie nord), formait la partie privée, et servait donc aussi bien de cabinet de travail pour l’empereur, que d’appartements à la famille impériale et aux concubines.

Cour intérieure Balustrade 1

Balustrade 2

Pour déterminer le rang honorifique d’une construction, il suffit de se référer au nombre de petites chimères, toutes différentes, alignées sur les arêtes de son toit. Dans le monde entier, seul le palais de l’Harmonie Suprême peut se prévaloir d’être décoré de 10 chimères à savoir : un dragon, un phénix, un lion, un destrier céleste, un hippocampe, Suanni (un félin chimérique), Yayu (un animal marin mythique), Xiezhhi (une licorne chinoise), Douniu (un taureau de bataille) et Hangshi (un signe mythique). Inutile d’en rajouter sur l’importance de ce palais aux yeux des chinois.

Toit empereur 1

 Toit empereur 2

D’autres bâtiments « moins » prestigieux (seulement 9 chimères sur la photo en noir et blanc ci-après…) :

Toits

Toit 9 figures

L’accès à la salle du trône est particulièrement difficile. Il faut jouer des coudes pour parvenir à s’approcher des barrières qui permettent seulement de jeter un œil rapide et partiel sur ladite salle. Dans ces cas-là, on remercie son cher époux de faire 2 têtes de plus que les chinois et de pouvoir faire des photos à bout de bras.

Trone 01 Trône 02

La décoration intérieure du palais est remarquable. Des deux côtés du trône en cèdre sur lequel sont sculptés 9 dragons, sont exposés quatre paires d’objets : deux éléphants, deux licornes chinoises, deux grues et deux brûle-parfums. L’éléphant symbolise la paix du pays, la licorne la franchise et la droiture, la grue la longévité, et les brûle-parfums un pays fort et uni.

Trône 03

Ce palais était utilisé pour les grandes cérémonies telles que l’intronisation de l’empereur et de l’impératrice, son mariage, la nomination des généraux et la proclamation de décrets. Chaque année, lors de la fête de la longévité (c’est-à-dire l’anniversaire de l’empereur), le nouvel an, le solstice d’hiver, l’empereur recevait les hommages des lettrés, mandarins et militaires.

La partie inférieure des Portes du Palais (non visible sur la photo ci-après car mon regard a davantage été attiré par les ferronneries) est décorée de motifs de dragons et de nuages dorés, symboles de la famille impériale.

Porte

Les jardins, représentant la majeure partie de la superficie de la Cité Interdite, occupaient une place très importante pour l’empereur et sa cour. Ils servaient de lieu de réflexion, de repos mais aussi de réjouissances. La légende selon laquelle les concubines pouvaient profiter des jardins impérieux est fausse : certaines d’entre elles n’ont jamais eu le droit d’y entrer.

Jardin

Licorne

Après la révolution, ayant été le séjour des empereurs durant plus de cinq siècles, la Cité Interdite regorgeait de trésors inestimables et de pièces d’une grande rareté. Cette collection fut cataloguée et exposée au public au sein d’un musée. Cependant, à la suite de l’invasion de la Chine par le Japon, la sécurité de ces trésors nationaux a été compromise, et ils furent évacués de la Cité Interdite. Après avoir été déplacés sur le territoire chinois pendant plusieurs années, Tchang Kaï-chek décida en 1947 de transférer à Taïwan un grand nombre de ces objets ainsi que ceux du Musée National de Nankin. Ces trésors ont formé le cœur du Musée national du palais à Taipei. La nécessité de ce transfert fut très controversée durant cette période de guerre civile, mais aura peut-être permis de sauvegarder une partie du patrimoine national lors de la Révolution culturelle qui sera déclenchée en 1966.

Un Starbucks a pu s’y établir en 2000 pour finalement se retirer en 2007 suite à une controverse. La Cité interdite a été inscrite au patrimoine mondial de l’humanité en 1987 par l’UNESCO.


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